Adieu Alain Bashung
J'ai découvert Bashung en 1987 avec l'album "L'arrivée du tour" ici au Québec (en France, "Passé le Rio Grande"). Je trippais sur la musique, sur un son new-wave déjanté qui donnait dans la tonne de brique, dans la lignée des Brits de l'époque, mais mâtiné d'un humour et de jeux de mots qui me gardait sur le qui-vive, merci à son parolier d'alors, Boris Bergman.
Cet album fut d'ailleurs un immense succès pour lui en France à l'époque. Tellement immense, qu'il choisit de lui tourner le dos à jamais en repartant à zéro dès le suivant, le bien nommé "Novice" qui, lui. donnait l'impression de revenir au tout début de la décennie avec un son cold-wave et des ambiances digne de Joy Division / New Order et autres groupes à synthés obscurs du genre Wire et Cabaret Voltaire.
D'album en album par la suite, toujours en prenant le précédent à contre-pied, dans la tradition des grands groupes punks et new-waves alors constamment en mode recherche, il aura été fidèle à cet idéal créatif de ne jamais se répéter et de toujours se renouveler, tout en développant un langage poétique unique pour le rock franco, à l'allure parfois hermétique mais aussi codée et donc pas indéchiffrable pour celui qui cherche la clé. En ce qui me concerne, outre "Passé le Rio Grande", "Chatterton" et "L'imprudence" restent les chefs-d'oeuvre, les monuments, à tout le moins mes préférés pour encore très longtemps.
En spectacle, j'aurais tellement aimé qu'il fasse la paix avec "Rio Grande"; mais il faut croire qu'il était rendu définitivement ailleurs. En novembre 1995, au Coup de coeur Francophone, il avait présenté un "Chatterton" live hallucinant au Cégep Maisonneuve, un album qui était déjà un tour de force en studio. Avec sa dégaine à la Jim Morrison, pantalons de cuir et accroché au micro, il restait fidèle à un idéal, à un postulat profondément rock. Un des derniers grands qui s'éteint, c'est vrai.
"Le temps écrit sa musique sur des portées disparues", chantiez-vous dans "L'irréel", en parlant "d'aller vers l'irréel / tester le matériel". Et dans L'Apiculteur": L'heure c'est l'heure. on est pas d'humeur / à verser des pleurs". J'espère que l'interrupteur n'aura pas été trop pénible à trouver.
Amen, M. Bashung et un immense merci pour votre oeuvre tout aussi immense. Et bien le bonjour à Gainsbourg, en passant; il doit sûrement avoir déjà un drink de prêt pour vous au Grand-bar-ouvert-devant-l'Éternel.
L'Apiculteur ( A. Bashung - Jean Fauque / A. Bashung )
"L'heure c'est l'heure / On n'est pas d'humeur
A verser des pleurs / Fières sont les ouvrières
Le jour en tailleur / Le soir en guêpière
Quand la mort vous susurre
Des serments veloutés
Que rien n'est moins sûr
N'aura plus d'importance
Ni la chaleur / Ni les piqûres
Api apiculteur
Api apiculteur
D'heure en heure / L'apiculteur se meurt
Trouve l'interrupteur
Une oasis aux allées bordées d'épagneuls
Que la splendeur n'effraie plus
Api apiculteur
Api apiculteur
Api apiculteur
Api"
Alain Bashung est mort. Vive Bashung!










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