Alain Bashung: Changements de repères
L'unanimité sur le nouvel Alain Bashung Bleu pétrole sur le Ouèbe est assourdissante. Trop peut-être à mon goût. Bashung doute pourtant plus que jamais sur cet album. Et moi aussi je doute; et s'il s'était "trompé"? On n'assimile pas un Bashung en 24-48 heures!! Moi je ne peux pas. Je m'en imprègne, je le porte comme un manteau, et il faut laisser le temps au temps. Vingt ans après l'avoir découvert dans la foulée de L'arrivée Du Tour (Passé Le Rio Grande en France en 1987, immense succès dans sa carrière, mais complètement tassé depuis), Bashung trouve encore le moyen de déstabiliser le vieux fan que je suis, comme un des rares maîtres issu du courant Punk/new wave/post-punk du tournant des années 80 à toujours endisquer et à rester fidèle à cet idéal typique de ce mouvement: ne jamais refaire deux fois le même disque. C'est une philosophie à laquelle Bashung semble toujours adhérer. Tant mieux.
5 années après L'imprudence, album de spoken-word glauque qui n'est pas sans précieuses pépites non plus (et sur lequel prenait part Steve Nieve, éternel pianiste d'Elvis Costello), Bashung revient aux mélodies, mais sans son vieux comparse Jean Fauque, qui avait d'ailleurs succédé un peu de la même manière à Boris Bergman, qui avait succédé à Gainsbourg, qui avait succédé à... Voyez le genre. Pour cet album, c'est Gaëtan Roussel, chanteur de Louise Attaque qui pourvoit non seulement aux textes, mais aussi aux musiques et, non sans surprise, l'ambiance est aux guitares acoustiques à la Osez Joséphine, avec certaines touches de Chatterton pour le bidouillage sonore électrique et électronique; ajoutez un brin de Novice comme pierre d'assise de la démarche post-Bergman-Rio Grande (comparez le shoum-pa-pa-pa de Résidents De La République avec le Oun-dé-oun-dé-oun-dé de Tu M'as Jeté sur l'album de 1989, vous verrez le lien), renouvelez les collaborateurs et les repères établis depuis près de 20 ans, et vous avez une idée du désarroi dans lequel je me trouve lorsque j'entends les unanimes trompettes dythirambiques. Et si Bashung s'était trompé, cette fois, tel un écho qui sous-tend plusieurs des nouvelles chansons? Dans le fond, il s'agit bien d'un changement de repères MAJEUR ici.
3 semaines après la sortie de ce Bleu pétrole, je commence à apprivoiser et à débusquer le potentiel de grandeur de ce nouvel ajout à une GRANDE discographie. Et plus souvent qu'autrement, chaque album de Monsieur B. depuis l'Arrivée du Tour me déstabilise de la même façon. À chaque fois, je dois réapprivoiser l'artiste. Non, Bashung ne semble pas s'être trompé. Dans cet album, tant les textes de Roussel que ceux de Gérard Manset résonnent d'authencité dans la bouche de Bashung. Sauf qu'il est surprenant de voir que notre homme ne s'est contenté que de collaborer qu'à 2 musiques et à 1 texte. N'empêche, l'équipe et l'album est homogène, et s'inscrit bien dans la lignée post-Novice-Osez Joséphine. Un album qui ne peut que gagner en force à chaque écoute, comme un vrai bon Bashung.
Je tiens à souligner la magnifique pochette qui reflète tellement bien le titre; il y une nostalgie intrinsèque à l'oeuvre, à se retrouver dans un village rural d'un Nord-Ouest mythique; comme un lointain écho à Neil Young et Dylan, à qui c'était "la faute" à l'origine. Un beau gisement qui devrait bien vieillir finalement, ce Bleu Pétrole, monsieur le prospecteur Bashung.
:Jolicoeur










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