JOHN FOGERTY À MONTRÉAL: COMPTE-RENDU
D'intenses bourrasques de vent du sud accueillaient les fans de John Fogerty hier soir au Centre Bell. Trop rares bouffées de chaleur dans un printemps aux allures d'éternel mois de mars. À mon arrivée, j'aperçois trois vieux ados dans la jeune cinquantaine partageant un joint, essayant d'avoir l'air de rien, les deux de gauche regardant l'autre à droite se démener pour l'allumer. Pas de doute, c'est un show de pur Classic rock que je m'en vais voir, avec ses désormais majoritaires têtes blanches.
Vingt-deux mois après son premier passage à vie à Montréal, Fogerty nous a servi une grande leçon de rock 'n roll, de blues et de country rock à saveur swamp et folk. Accompagné de trois guitaristes, quatre en l'incluant, d'un bassiste, d'un claviériste et de l'indomptable Kenny Aronoff à la batterie, Fogerty a livré la marchandise à cent milles à l'heure durant deux heures dix minutes bien tassées et sans entracte, avec le strict minimum de bla-bla (un brin convenu peut-on noter); le gars nous l'a dit dès le départ, il est là pour le rock 'n roll. Il va tenir promesse. La scène est dénudée, pas d'écran télé, pas de fla-fla; tout pour la musique.
D'entrée de jeu, ça sera Rockin' All Over The World. Puis tout de suite après, on aura droit à un cinquante minutes de CCR dont Bad Moon Rising suivi de Green River; c'est déjà le délire, c'est une sorte de one-two punch que seul un compositeur de sa trempe peut se permettre. Fogerty enchaînera avec une Sweet Hitch-Hiker moins connue; un léger flottement dans la foule s'installe. Pas grave, celle-ci retombera rapidement sur ses pattes avec Lookin' Out My Back Door, Midnight Special, Ramble Tamble (soutenue par la formidable présence et précision d'Aronoff, ne serait-ce que dans la partie du crescendo), pièce d'anthologie du légendaire Cosmo's Factory. Suzie Q, Born On The Bayou et Who'll Stop The Rain complèteront ce premier bloc absolument délirant pour le fan, et plus que satisfaisant pour le grand public qui en reconnaîtra plusieurs. Il va sans dire que le public servira de chorale à l'artiste à maintes reprises, et une belle frénésie se fera souvent sentir, notamment durant Midnight Special et I Heard It Through The Grapevine.
It Ain't Right, de son dernier album Revival, entamera si l'on veut la seconde partie du spectacle, celle où les succès de Fogerty post-Creedence meubleront l'essentiel du répertoire. Change In The Weather sera la seule représentante de l'époque Eye Of The Zombie; Joy Of My Life, dédiée à son épouse comme étant la première chanson d'amour qu'il ait écrit; et retour à CCR avec un Keep On Chooglin' convaincant, titre qui remonte à 1969 sur Bayou Country. Fait à remarquer, la qualité de la balance de son, et celle des sons d'époque que tire Fogerty de ses nombreuses guitares dont il change à chaque pièce. Le respect évident qu'il voue à son ancien matériel fait en sorte qu'il aura valu la peine de l'attendre toutes ces années pour le voir nous les servir avec un tel soucis d'intégrité.
Deux moments forts encore: Have You Ever Seen The Rain qui mettra la foule en liesse, suivi de la magistrale I Heard It Through The Grapevine, avec piano électrique et long solo de guitare par un maître du soli mélodique. Fogerty reprend ses arrangements d'époque avec beaucoup de bonheur et avec juste ce qu'il faut de spontanéité et de musicalité pour démontrer que ça reste un spectacle après tout.
La cloche de Down On The Corner annonce la fin de la récré et prépare le dernier droit qui mènera vers le duo d'Up Around The Bend et de Proud Mary, en guise de rappel bien sûr.
Vingt-deux heures vingt, le show est fini et l'endroit se vide dans l'ordre et la discipline. Les baby-boomers ont vieilli, mais pas John Fogerty semble-t-il. Le bonhomme qui aura soixante-quatre ans dans les sept jours affiche une forme et un aplomb d'un gars de vingt ans plus jeune qu'il ne l'est. Mais une impression demeure, vingt-quatre heures plus tard: l'art de faire des chansons aussi rassembleuses avec autant d'intégrité et de succès commercial dans le meilleur sens du terme est un art qui se perd, c'est certain.
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