L'ALBUM, UNE ARNAQUE?
C'est une vieille complainte, que celle de "on-achète-l'album-pour-un-hit-le-reste-c'est-D'la-schnoute"! Mais qu'écoutaient-t-on avant Sgt. Pepper, avant 1967 ? Exactement ça! Un album monté rapidement autour d'un ou deux hits, et personne ne s'en plaignait trop... 1) C'est vrai qu'il y avait à l'époque une culture bien établie du 45 tours, ce qui fait que le consommateur se sentait peut-être moins "arnaqué" (dixit Stéphane Venne) que de nos jours, comme le souligne Nathalie Petrowski dans une bonne chronique sur l'état de l'industrie du disque dans le cadre du 30ème anniversaire de l'Adisq.
Aussi: 2) C'était le standard, depuis la fin des années '60, de présenter une vision personnelle et artistique forte et cohérente sur douze titres. Et 3) le business de la musique était peut-être moins une usine à "saucisses" qu'aujourd'hui, selon moi. Avec la Star-académisation de l'industrie, les besoins de convergence, les coûts de mise en marché pour lancer un artiste, la facilité à faire sa production-maison et l'écoute aléatoire (random) généralisée via des listes de lecture, il faut admettre que les temps ont changé, et que l'on n'écoute plus la musique de la même façon qu'en 1967, 1978 ou même 1998.
La proposition de Venne est chargée de sens, mais comporte aussi le défaut de sa qualité, comme le souligne Petrowski; l'argument avec lequel elle termine son article parle de lui-même; acheter systématiquement la chanson à la pièce pourrait nous coûter, culturellement, quelque univers d'un créateur potentiellement visionaire, un autre Pierre Lapointe, par exemple.
Y a pas très longtemps j'ai entendu quelqu'un dans la vingtaine me dire ne jamais écouter d'album en entier, d'un bout à l'autre, prétextant qu'il ne voulait pas vivre, se faire imposer l'univers d'un autre...! Je me rappelle m'être passé une réflexion sur l'étroitesse d'esprit, et aussi sur le préjugé de "comptable" qu'on entretient démagogiquement parfois envers l'acte de création. À une époque ou la majorité des utilisateurs de musique la considèrent comme "gratuite", ce n'est pas étonnant de sentir ce genre de dénigrement non-assumé envers les auteurs-compositeurs et les interprètes qui, parfois osent sortir du convenu et du sur-entendu, et qui, parfois aussi, la joue trop sage et conformiste.
Ça m'achale un peu, ces préjugés. Je n'aurai fait qu'un album dans ma vie, mais je sais que 100% de mes titres sur Terre et Ciel n'est pas que "remplissage", même si ça en prend toujours un peu, et je reste persuadé que la majorité de ceux qui ont de quoi à dire se sont donnés corps, âme, sang et sueur à composer leur album. On ne peut pas sortir douze "succès" sur douze titres à chaque tour de moulinette. Les derniers à avoir fait presque ça, s'appelaient les Beatles. Faudrait-il remettre au goût du jour le concept du E.P., l'Extensive Play ou "mini-album" de 4 à 6 titres alors? Avec Internet, les modèles sont à réinventer, comme le dit Chris Anderson dans La Longue Traine.
Il y a toujours eu et il y aura toujours des one-hit-wonders, des Bay City Rollers, des Backstreet Boys, Nuance et autres Duffy, ainsi que des producteurs avec une vision artistique plus proche d'une vision-tunnel-faut-pomper-le-fric, qu'autre chose. Il y a longtemps que j'ai choisi de me méfier du hype, du marketing de la musique junk food que l'on nous sert à la radio commerciale, et de lui tourner le dos plus souvent qu'autrement.
Pour ces chansons-là il y aura toujours un public, et pour les mentalités de "comptables" il y a dorénavant le téléchargement à la pièce.










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