Paul McCartney à Montréal: l'énergie des beaux jours
C'est un Paul McCartney en pleine possession de ses moyens qui est venu virer le Centre Bell à l'envers lors de son passage jeudi soir. Dix-sept mille chanceux et chanceuses, dont la grande majorité des boomers à tête blanche, bien sûr, frémissaient d'impatience au passage de cette légende vivante.
Déjà à 16h35, la rumeur s'est levée devant le Centre Bell quand deux VUS noirs aux vitres teintées ont roulé à toute allure sur De la Gauchetière et ont tourné à droite pour rejoindre St-Antoine et pénétrer par le garage du Centre, sous les exclamations des gens présents. On était à l'heure du test de son et Sir Paul prenait possession des lieux. Excitant!
Je me disais qu'en flânant dans les alentours, je trouverais bien à attraper quelques notes du groupe en répétition autour de 17h... Penses-tu, ils jouaient depuis un p'tit moment quand je me suis approché dix minutes plus tard. J'imagine que lorsque Paul est prêt, ça part dans la seconde qui suit!
Le test de son a duré un bon quatre-vingt-dix minutes. J'ai entendu notamment « Blue Suede Shoes » mais aussi, et surtout, Magical Mystery Tour, Penny Lane et Lady Madonna. Plusieurs autres aussi, que je ne saurais tous nommer. Beaucoup de Rock 'n roll des débuts, et plusieurs airs au piano. C'était pas mal intéressant déjà.
L'excitation devenait palpable avant le spectacle; des dames de tous les âges, toutes en beauté affluaient aux bras de leur homme. C'est à ce moment qu'on se dit que l'on ne rajeunit pas personne, à tout le moins physiquement parce que dans la tête, on étaient pour prendre un sacré coup de jeune...!
20:10; les lumières s'éteignent, et résonnent les premières notes arpégées à la guitare acoustique; c'est Venus & Mars / Rock Show, comme durant la tournée de 1976, pour finalement se transformer en Jet supersonique!
Pour le déroulement en direct du concert, Marie-Christine Blais a
commenté ici sur Cyberpresse.
Deux immenses écrans verticaux enserrent la scène, comme une gigantesque paire de mâchoires; c'est un McCartney véritablement GÉANT auquel on aura droit. La technologie et l'éclairage sont à la fine pointe évidemment, sophistiqués, à la mesure de la légende qui se donne entièrement au centre de la scène, appuyé par un groupe solide et soudé depuis maintenant dix ans. Sir Paul se tient droit, porte une veste noire sobre et élégante, sa légendaire Hoffner brune en bandoulière.
Il faut savoir que McCartney arrivait de Toronto ou le groupe a joué les dimanche et lundi précédents. Evenko, le promoteur a travaillé très fort pour le faire venir à Montréal, lui arrachant à son passage au 400ème de Québec, une promesse de passer nous voir à sa prochaine tournée. Evenko n'a pas lésiné sur la promo pour saluer son trop rare (et court) passage en ville. Il faut dire, tel que relaté ailleurs dans les médias, que McCartney aurait été échaudé par l'annulation d'un spectacle au Stade olympique il y a vingt ans de ça, et que les Beatles, lors de leur spectacle du 8 septembre 1964 au Forum, aient craint pour leur sécurité suite à de soi-disant menaces de groupes séparatistes. Mais là, après ce show mémorable du jeudi 12 août, il semble que la glace soit cassée pour de bon. McCartney et son groupe étaient à l'évidence très heureux de l'accueil du public et du party incroyable qui a suivi. C'était plus qu'évident aux «thumbs up» qu'il multipliait à la fin et que l'on ne pouvait pas rater sur les écrans.
Images d'époque avec ou sans les Beatles, l'énergie de la musique aidant, tu sais que le party est pris quand tu vois les adultes d'âge mûr se trémousser comme des gamins... Ça, McCartney l'a vu et il a livré une prestation de séduction, de showmanship et de professionnalisme de très haut niveau. Rendu là, tu sais que la magie existe. La communion avec le public est totale.
Suite à Let Me Roll It, Macca se prend pour Jimi Hendrix le temps d'un jam sur Foxey Lady, et conclura ce premier tiers de spectacle avec du matériel largement tiré de l'époque Wings.
Par la suite il s'est glissé derrière le piano pour un bloc de quatre titres allant de Long And Winding Road, Nineteen Hundred And Eighty Five, Let 'Em In à My Love.
Ici débute la portion acoustique qui couvrira le deuxième tiers du spectacle, puisant largement chez les Beatles avec des titres tels que I've Just Seen A Face, And I Love Her, Blackbird, Michele (specialement pour Montréal) ou Eleanor Rigby. Et Something pour fermer ce segment avec son arrangement au ukulele. Frissonnant.
Tout de suite en sortant de Blackbird, McCartney de souligner la difficulté de se concentrer à chanter, d'enchaîner les accords et à se rappeler des mots, alors qu'il voit devant lui des pancartes de fans sur le parterre disant (en anglais) « J'ai un rendez-vous chez le tatoueur et j'aimerais avoir votre autographe. La foule s'est bien marré, mais cela n'en restera pas là...
Et il semble que les suppliques du chroniqueur Sylvain Cormier du Devoir se soient rendues aux oreilles de Sir Paul, puisqu'il jouera dans ce bloc Ram On de l'album Ram au grand plaisir dudit chroniqueur.
À partir de là, ça déboule: Band On The Run, Ob-la-di Ob-la-da, Back In The USSR, I've Got A Feeling, Paperback Writer, A Day In The Life/ Give Peace A Chance, Let It Be, Live And Let Die et Hey Jude... AYOYE!
Pour Hey Jude, on a sorti le piano psychédélique de 1968. La foule est en délire et debout depuis un bon moment déjà. On est tous retombé en adolescence, c'est hallucinant... On a devant nous un des pères fondateurs de la culture pop contemporaine, et lui s'amuse à nous voir tripper, et semble même dépassé par l'émotion par moment. Comment faire d'un amphithéâtre de vingt mille place, un endroit intime...
Quand on te balance au visage une trentaine de chansons de ce calibre, et qu'il en reste encore six grosses à venir sur deux rappels, et que ça vient du même bonhomme qui est là à les chanter à quelques mètres de distance et que t'as la chance d'être sur place, tu te pinces et tu dis merci à la vie...
Il y aura donc deux rappels, après de courtes interruptions. Dès le premier, Sir Paul nous demande si on veut continuer à rocker, et nous revoilà reparti avec Day Tripper, Lady Madonna et une Get Back extra-vitaminée.
Autre courte pose, et le voilà qui remonte avec un drapeau du Québec suivi de son claviériste qui porte l'Union Jack. Bon, en d'autres circonstances je dirais que ça n'est pas un mixe de drapeaux qui va de soi, mais pour ce soir on va prendre ça comme un signe de rapprochement, d'autant plus que Macca brandit le Fleur-de-lysée à tour de bras.
Tout de suite après, il arrive un truc inusité. McCartney interpelle la jeune fille qui voulait son autographe pour le tatouage et l'invite à venir le rejoindre sur scène pour qu'il lui signe le bras, étant donné que, de toute façon comme il le dit, « le rendez-vous est déjà pris...! » Ce fut un moment très drôle, à l'image de la frénésie qui est installée dans la place.
Et c'est reparti pour trois autres avec Yesterday, la chanson la plus reprise de l'histoire de la musique pop, suivie d'une Helter Skelter particulièrement intense, avec montagnes russes à l'écran géant. Et, puisque tout a une fin comme M. Macca nous l'annonce alors, il arrive un moment où l'on doit rentrer. Et la foule de dire « nooooon », et Paul de répondre « yeeeesss ». Des bulles psychédéliques apparaissent à l'écran derrière le groupe, et celui-ci de se lancer dans la finale de Sgt. Pepper, celle qui dit « It's getting very near the end... » pour ensuite enchaîner avec « The End » la pièce finale sur « Abbey Road », celle des trois solos de guitares partagés à l'origine entre George, Paul et John. À l'arrière des trois guitaristes on voit des animations psychédéliques des Beatles.
C'est la marque des grands que de rassembler, plutôt que de diviser. Paul McCartney aura laissé le souvenir d'un grand rassembleur à la fin de ce spectacle historique à Montréal.










C'est pleins d'émotions et
C'est pleins d'émotions et dans les vidéos et dans la description très complète et tellement bien faite que tu en fais... c'est comme si j'y avais été et qu'on en discutait enssemble...
Bravo... c'est très intéressant à lire et à regarder
Merci beaucoup ...
Sue
Poster un nouveau commentaire