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RETIENS PAS TON SOUFFLE

On peut lire ici le cri du coeur d'une parolière québécoise réputée, Martine Pratte, qui s'interroge sur l'avenir du métier de parolier devant la mode des albums de reprises de nombreux interprètes québécois.

"Nous sommes très peu au Québec à avoir épousé cette profession de parolier (...) (Ceux) qui se consacrent uniquement à l'écriture de chansons ne sont pas légion au Québec (ça se compte presque sur les doigts d'une main)." Et Martine de continuer: "Je pourrais vous citer Frédérick Baron (qui dernièrement à rajouter (sic) une corde d'interprète à son arc), Dave Richard, Nelson Minville (qui est également compositeur), Roger Tabra, Sophie Nault. Et moi je pousse la plume autant que faire se peut... Comme vous pouvez le constater, une petite confrérie finalement."

En effet, l'on peut constater que ça soit une petite confrérie, vu de même... C'est soit les dilettantes, soit la "Confrérie" pour les textes de chanson. Hormis ceux-ci,  point de parolier compétent au Québec? C'est pourtant pas le nombre d'auteurs en herbe qui fait défaut, ça je peux en témoigner depuis le temps que j'enseigne. Mais tous n'ont pas le bon réseau, c'est certain.

Évidemment, faire de la "reprise" n'est pas propice à la création de chanson, mais c'est sûrement aussi un signe des temps, soit celui d'un public vieillissant et qui, en temps de crise, cherche des repères avec des chansons connues et aimées, des valeurs sûres. Du point de vue créateur, je suis réceptif à l'angle de Martine. Mais je ne suis pas convaincu que le milieu de la chanson - au sens large - ne soit toujours réceptif, lui, aux nouveaux qui frappent à la porte. Une anecdote, entre nous, si vous me permettez...

J'ai eu à subir il y a deux ans, suite à la soumission de mon dossier pour un festival en chanson, non pas un simple refus, (disons du genre "désolé de ne pas retenir votre candidature, on vous encourage à persévérer, voici une tape dans le dos") mais une désagréable et désobligeante rebuffade d'un des "confrère" nommé ci-haut par Mme Pratte; celui-ci allait jusqu'à remettre en question, rien de moins que mes "capacités d'écrire une chanson", en déplorant "l'absence de rimes riches" dans le texte que j'avais soumis.

Bête de même, sans plus d'explications et avec un minimum d'arguments, ce "Confrère" non seulement rejetait ma demande d'inscription (ce qui est son droit le plus strict dans le contexte d'un concours où les places sont comptées), mais se devait de "m'exécuter", comme auteur, froidement. "Je doute de vos capacités comme auteur de chanson".  "Petite confrérie", oui. Plus jeune, pas sûr que j'aurais su trouver la force ou le goût de passer par dessus ça. Vu de même, pas très accueillante, la "Confrérie." Et j'ai payé pour cette leçon soixante beaux dollars.

Pas sûr que la "Confrérie" (et l'industrie de la musique) ne soit très chaude à l'idée d'ajouter des sièges à la "table" où déjà les places sont si rares. J'en entend me répondre: "À chacun de faire sa place". C'est vrai. Mais la pensée corporatiste ça ne fait pas des enfants forts, culturellement parlant.

Je ne souhaite pas dénigrer le cri du coeur de Mme Pratte par cette digression qui n'a rien à voir avec elle, je sais. Mais disons que je prend son propos avec un grain de sel. Le milieu, l'industrie de la musique, les interprètes et le public ne semblent pas avoir très faim pour des nouveautés ces temps-ci. Une crise économique n'est pas un terreau fertile pour lancer des nouveaux talents. Encore beau que certains  vivent de leur art.

Sale époque pour être parolier et vivre de sa plume? Assurément. Mais n'est-ce pas là non plus la rançon du système de vedettariat, de la célébrité-à-tout-prix dans lequel on baigne, que dis-je, dans lequel on se noie culturellement? Une bouée, une ligne à l'eau m'arrivera-t-elle de la Confrérie? Comme disait l'autre: retiens- pas ton souffle...

Retiens pas ton souffle... (suite et fin)

(Publié par l'Atelier des paroliers sur My Space le mardi, août 25, 2009 - 11:47)

Évidemment j'avais en tête un système plus sérieux et professionnel, plus près du métier d'éditeur tel que pratiqué en France. Mais je sais, je rêve et me rallie à ton scepticisme.

PJ

Retiens pas ton souffle... (suite)

(Publié par Martine Pratte sur My Space le mardi, août 25, 2009 - 11:28)

Juste comme ça, pour conclure... Mon éditeur ne m'a JAMAIS placé de chansons... Et j'étais sous contrat avec un des éditeurs les plus importants au Québec. Les éditeurs ne sont là que pour se graisser la patte bien souvent (et je ne parle pas seulement de mon expérience personnelle mais de celles de plusieurs autres paroliers...) Être pieds et poings liés avec un éditeur qui ne présente tes chansons à personne.... c'est frustrant à l'os ! Le plus souvent, tu places tes chansons toi même et le contrat t'oblige à remettre ta part d'éditions à ton éditeur... ENRAGEANT !!! L'adage "on n'est jamais mieux servi que par soi-même" ne s'est jamais aussi bien appliqué dans mon cas ! Alors un réseautage entre éditeurs et paroliers... j'ai des doutes !

Allez hop, merci pour ta réponse !
Martine

Retiens pas ton souffle... (suite)

Martine,

Merci d'être passée par ici, et de renchérir. Évidemment, plus de paroliers au boulot ne peut que nous faire du bien à tous, culturellement parlant. Encore faudrait-il pouvoir en tirer des droits d'auteur décents, mais ça c'est un autre débat. S'il y a quelqu'un de bien placé pour amener ça sur la place publique actuellement, c'est toi. Personnellement je n'ai jamais senti d'opportunisme dans ta démarche; ta missive relevait bien plus du cri du coeur.

Peut-être y aurait-il moyen de faciliter l'accès aux éditeurs, et de voir ceux-ci jouer un rôle plus prépondérant dans le milieu de la chanson, comme c'est le cas en France? Mettre sur pied une journée de réseautage entre paroliers et éditeurs dignes de ce nom? Mettre sur pied une coop de paroliers pour valoriser ce métier d'orfèvre des mots? Des idées, mais peu probable que ça arrive. Il faut alors s'en remettre aux interprètes et aux producteurs et à leur bonté volonté respective... Advienne que pourra.

Puisses-tes propos encourager et inspirer ceux qui persistent à vouloir vivre de leur art.

:Jolicoeur

Retiens pas ton souffle...

Cher Pierre,

Je viens de prendre connaissance de ton blog. Je comprends très bien que tu aies tiqué sur "confrérie". Je suis parfaitement au courant que plein de gens de talent tentent leur chance pour en faire partie. Et crois-moi, il y en a du talent dans ce merveilleux monde de l'écriture ! J'ai même vraiment beaucoup de peine (sincèrement) pour ceux qui n'arrivent pas à percer. Mais dans ce métier, comme dans tous les métiers artistiques, il faut beaucoup beaucoup ÉNORMÉMENT de patience. Et de foi ! J'ai été longtemps remplie de doutes... et j'en ai encore ! Et si cela peut te consoler, j'ai été recalée moi aussi à Petite Vallée... Et on m'a refusé des bourses par deux fois (j'ai arrêté d'en demander depuis !). Mais j'ai persévéré malgré tout. Une petite voix me disait de continuer et cette petite voix était plus forte que mes questionnements... Pour en revenir à la "confrérie" dont je faisais allusion dans mon article, il était question évidemment des paroliers qui ont une certaine "reconnaissance" professionnelle, qui ont à leur actif plusieurs titres sur différents albums. Mais par contre, la menace qui plane sur les paroliers ne plane pas uniquement sur les paroliers reconnus mais aussi pour tous ceux qui tentent de percer et à qui on bloque le chemin. Les albums de reprises n'aident en rien ceux qui visent ce métier, pas vrai ? Autre petite chose: tu as écris "Pas sûr que la "Confrérie" (et l'industrie de la musique) ne soit très chaude à l'idée d'ajouter des sièges à la "table" où déjà les places sont si rares" Pas d'accord, pas d'accord, pas d'accord ! Je suis arrivée comme un cheveu sur la soupe il y a à peine trois ans. Je ne connaissais personne dans ce milieu ! Au début, on se demandait en effet d'où je venais ! Mais je n'ai jamais senti que je prenais la place de quelqu'un. Il est évident que plus on travaille, plus on se fait un nom... J'ai eu la chance que certains compositeurs reconnus aiment mes textes... et de fil en aiguille, j'ai fait ma place jusqu'à Ginette Reno, Bruno Pelletier... Je n'ai eu aucun "pushing", seulement de la détermination et - j'ose le croire - un peu de talent !

Cet article que j'ai écrit dans La Presse se voulait d'abord et avant tout un cri d'alarme et aurait pu être co-signé par tous les paroliers qui se sentaient concernés. Je ne visais pas une publicité personnelle, crois moi. Mais j'avoue que cet article a eu des répercussions et je ne m'attendais pas à ce qu'on en parle autant (radio, télé). Dans un sens, c'est bien tant mieux, c'était un peu le but de l'exercice !

Allez, accroche toi malgré tout ! Cette vague de reprises passera peut-être... c'est mon souhait !

Amicalement
Martine