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Roger Daltrey amène Tommy à Montréal

Eh bien oui, qui l'eut cru! Montréal verra et entendra enfin sur scène, quarante-deux ans après sa naissance, une version fidèle et intégrale de l'opéra-rock Tommy de The Who interprété par nul autre que « Tommy » lui-même, Roger Daltrey et son groupe de musiciens, dont est partie le jeune frère de Pete Townshend, Simon, aux voix et à la guitare.

On doit s'attendre à une reconstitution fidèle de l'oeuvre version studio, si l'on en juge par ce clip tourné en mars dernier à Londres. Comme la mode est à la reprise live et fidèle d'albums marquants par les membres originels restants, cela tombe sous le sens. Des membres des Who, seuls Daltrey et Townshend sont toujours parmi nous, Keith Moon étant mort en 1978, et le bassiste John Entwistle en 2002.

Si ce clip donne un quelconque indice du son du spectacle, la guitare acoustique risque d'y être très présente, comme elle l'était sur l'album original d'ailleurs, le son des Who reposant souvent sur celle-ci en studio. Étonnamment, pour un groupe qui n'en abusait pourtant pas dans son incarnation scénique, pour dire le moins...

L'événement est unique, les Who n'étant jamais venu jouer l'album ici à l'époque. Montréal, par l'entremise des Grands ballets Canadiens, a contribué à faire rayonner l'oeuvre-phare du groupe parue en mai 1969, et ce dès l'année suivante par la chorégraphie inventive du ballet de Fernand Nault.

Mais contrairement à de nombreux groupes anglais qui ont pris Montréal et le Québec comme tremplin vers le succès en sol américain, les Who n'ont pris racine ici que dans le coeur de leurs nombreux fans, ayant percé aux É-U dès 1967 au festival Monterey Pop.

Les Who sont passés par Montréal deux fois en 1968: d'abord au Forum le 27 mars, ainsi qu'à l'Autostade le 17 juillet pour deux spectacles le même jour, à 14h00 et à 19h00. Ils revinrent au Forum le 2 décembre 1973, à la toute fin de la difficile tournée Quadrophenia; ils saccagèrent une pièce de l'hôtel Bonaventure dans la nuit, passèrent quelques heures dans une cellule du Poste 10 au petit matin, et ratèrent leur vol pour Boston où ils jouaient le soir même, spectacle qui fut presque annulé. C'était une toute autre époque...

Ils revinrent à Montréal et au Forum le 8 mai 1980, et donnèrent leur premier concert ici depuis la perte de Keith Moon en 1978, avec Kenny Jones en remplacement. Le groupe reçut une interminable ovation debout en plein milieu du show et, franchement, ne semblait pas savoir quoi faire avec ça. Un élan d'amour certainement réconfortant pour eux, six mois après l'incident de Cincinnati où onze de leurs fans périrent dans un mouvement de foule mortel, et vingt-six autres furent blessés avant un de leur concert en décembre 1979, la foule confondant le test de son pour le début du spectacle.

De quoi parle Tommy ? L'opéra-rock raconte l'histoire d'un surdoué de la machine à boule, un « pinball wizard » muet, sourd et aveugle qui ressent les vibrations de la musique et lui font vivre un voyage spirituel parfois psychédélique dans un entourage pour le moins douteux et, lorsque libéré de son autisme, deviendra un messie pour les masses. Il trouvera sa rédemption lorsque la masse le jettera en bas de son piédestal. Une métaphore taillée sur mesure pour les jeunes rock stars d'alors, et d'aujourd'hui.

À la base une quête créative menée par Pete Townshend dans le but d'amener le rock plus loin que le prochain single, Tommy prendra sa réelle impulsion au contact de Townshend avec son mentor Meher Baba ( le « Don't worry, be happy (and leave the rest to God ) », c'est de lui ) ce qui donnera à sa démarche une authentique dimension spirituelle.

Townshend en devra une aussi à Nik Cohn, journaliste musical influent du New York Times et fou de machine à boule qui lui promit son appui, et de qui il s'inspira pour écrire « Pinball Wizard ».

Tommy fut un immense succès dès sa sortie, et résonna longtemps sous forme de reprise symphonique, de ballet, de film et de comédie musicale sur Broadway. Il consacra le groupe qui s'établit définitivement commercialement et le sortit de l'encre rouge, lui qui vivotait jusqu'alors, en dépit d'un fort début de carrière. Que voulez-vous, détruire ses instruments à chaque soir ou presque, ce pour quoi le groupe était réputé au départ, coûte une fortune...

Mais dans la catégorie « on a crée un monstre », Tommy en fut aussi un pour le groupe à certains égards, qui eut du mal à sortir de son ombre et à passer à autre chose. Ce que le groupe finit par faire, non sans un stress certain pour Townshend qui vécut mal l'échec subséquent de son ambitieux projet Lifehouse, ainsi que le tourmenté Quadrophenia qui laissa un goût amer aux membres du groupe.

N'empêche, comment oublier la ligne « See me, feel me, touch me, hear me », qui résonne encore, et demeure peut-être l'hymne le plus universel issu de Tommy, quarante ans plus tard? Impossible.

Pour mieux mesurer la distance entre les époques, et pour les curieux qui voudront voir et entendre The Who jouer Tommy à leur grande époque, voici le dernier concert consacré à l'opéra-rock de la tournée américaine de 1970, comme l'annonce Townshend à la foule.

Cliquez sur l'image pour voir le reste du concert en entier sur Youtube. Le clip vaut le détour, ne serait-ce que pour Keith Moon, alors au sommet de sa forme et de son art; quelle « chef d'orchestre » et quel comédien il était...

Prochain arrêt pour Daltrey et Townshend en 2012: ramener leur second opéra-rock, Quadrophenia, sur scène, d'après Wikipedia. Souhaitons-nous la chance de les accueillir à nouveau à Montréal.

Je le savais qu'une lecture

Je le savais qu'une lecture interressante sur les Who s'en venait...
vraiment très plaisant, merci

Sue

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