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Rudy Caya, sympathique pingouin

C'est par une humide soirée de novembre que Rudy Caya me ramasse à une station de métro de Laval. Je ne l'ai pas vu depuis une vingtaine d'années et je me demande comment il vieillit. Rudy se pointe au rendez-vous avec quelques minutes de retard, boulot oblige, et un sourire qui fait plaisir à voir.

En fait, c'est le même sourire qu'il m'a souvent été donné de voir de lui. Je le connais depuis la fin des années soixante-dix par l'entremise d'un ami commun au Mont-de-Lasalle, le François de la chanson de Vilain Pingouin, groupe québécois de l'heure au tournant des années quatre-vingt-dix, avec des hits tel que Salut salaud, Le train, et autres Je marche seul.


Nos fréquentations d'alors n'avaient pour seul but que la musique, soit le rock et son adoration, comme seul des gamins enfiévrés de seize ans pouvaient le vivre à une époque où le culte du rock était à apogée. On en mangeait, on en parlait tout le temps et on brûlait de s'accomplir à travers elle. À cet âge, le rêve est potentiellement accessible, mais il peut être également potentiellement empoisonné pour celui qui pourrait s'entêter à ne pas décoder les signaux envoyés par la vie. À cet âge bien sûr, tout est possible. Quelque part en moi toutefois, je doutais. Déjà.

Pas de ça pour Rudy. Son bagout, son authenticité désarmante, son assurance ainsi qu'une excellente oreille et une maîtrise des concepts mélodiques et musicaux tôt à l'adolescence le plaçait dans une classe à part, à mes yeux à tout le moins. François et Rudy trippaient heavy metal (Black Sabbath, Blue Cheer, Budgie, Cream) alors que je ne jurais que par les Doors, Steppenwolf, les Who et les Stranglers, du heavy rock plus groovy, avec une nette préférence pour l'orgue et le psychédélisme. Cratère idéologique et musical important ici, à l'époque.

N'empêche, lui et Lalonde me recrutèrent dans leur projet de groupe, en me concédant la faveur de jouer au moins une pièce des Doors, de leur choix, et qui s'avérera être « Five To One ». Pas ma préférée, mais bon, une pesante disons, et une qu'on peut rendre. Je deviens alors le chanteur de Leaper, improbable groupe avec un improbable nom, résultant d'une erreur typographique, comme Caya me l'expliquera durant l'entrevue.

Un groupe qui n'existera finalement qu'un seul soir de St-Jean-Baptiste en 1979 à Laval-des-Rapides, et qui n'aura pas de lendemain. La bouture des deux visions ne prend pas. Et comme le dira Rudy, le but du groupe consistait à « n'être jamais assez bon pour être prêt ». Mais doué et têtu, Caya fera son chemin. On se perdra de vue quelques années, durant lesquelles il oeuvrera au sein de plusieurs groupes, et sera notamment un des membres fondateurs du groupe "école" les Taches.

Je l'ai recroisé au milieu des années quatre-vingt dans le métro. Il se partait alors un nouveau groupe qui devait s'appeler « Parfait Pingouin » et qui deviendra « Vilain Pingouin » pour ne pas jouer dans les plates-bandes des « Parfaits Salauds », groupe de Rémy Caset, d'après la légende. Les Pingouins naissants venaient de se trouver un local de pratique à Pointe-St-Charles, dans une grande usine désaffectée de la Northern Electric. Ça tombait bien pour moi qui cherchait un local de répétition pour mon groupe, Rogue Gallery. Rudy m'invitera à le partager, avec le même sourire qui m'accueillera presque vingt-cinq ans plus tard. Il semble qu'il y ait des gens qui ne changent pas; Rudy Caya est de ceux-là.

Durant les quatre heures qu'à duré notre entretien, on a abordé plusieurs sujets; je venais d'abord discuter d'écriture de chanson, de songwriting comme on dit en latin. Je m'étais fait un plan d'entrevue, tout en sachant bien à qui j'avais affaire... Tu sais comment débute la question, mais jamais quel tour ou détour prendra la réponse !


Nos souvenirs de Laval-des-Rapides y ont passé, ainsi que son éducation familiale et le rôle qu'a joué son père dans son évolution musicale. On a évidemment parlé de la petite histoire de Vilain Pingouin, des rapports entre les membres du groupe, et de l'importance du batteur Michel Vaillancourt à la stabilité de l'ensemble.

On a abordé aussi les origines de certaines de leurs chansons, de la carrière solo de Rudy, de la tension que celle-ci a pu engendrer au sein du groupe et, en bout de ligne, la fidélité et l'engagement de Caya envers les Pingouins. En gros, le plan d'entrevue a été respecté, mais l'échange a duré quatre heures au lieu de deux, et Rudy a été fidèle à lui-même.

Au final, vous y entendrez un Rudy Caya authentique, dans toute la verdeur de son franc-parler, jamais complaisant envers lui-même, avec une opinion passionnée sur tout, comme il le dit en fin dl'entrevue. Il n'est nullement différent qu'à l'époque où je l'ai fréquenté, soit intense, passionné et généreux. Est-ce la portion de sang irlandais qu'il a en lui qui alimente cette ardeur de vivre et de s'exprimer? Possiblement. Quoiqu'il en soit, je vous invite à le découvrir dans cette discussion à bâtons rompus. Bonne écoute!

Liens:

Site de Rudy Caya

Site de Vilain Pingouin

Page Facebook de Rudy Caya

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