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Les derniers jours de Jim Morrison

J'aimerais faire une mise au point ici. Je dois admettre que ça faisait un sacré bail, après lecture du magazine Classic Rock, que je ne m'étais penché d'aussi près sur la vie, et surtout la mort de Jim Morrison, chanteur rock charismatique des Doors.

Adolescent, à la fin des années '70, je déterrais un minimum d'information sur les Doors (en cette époque jurassique d'avant Internet), ceuxi-ci étant alors dans les limbes médiatiques, les médias de masse ainsi que la presse rock spécialisée étant passés à un autre appel depuis longtemps... Comme la présente recherche s'est avérée plus longue et fructueuse que prévue, les moyens d'aujourd'hui nous permettent, heureusement, de ne pas toujours réinventer la roue. Je m'évite (ainsi qu'à vous;) une tartine que d'autres ont fait (et en bien mieux) avant moi...

France 2 a diffusé en août 2009 un authentique documentaire « Les derniers jours de Jim Morrison », contrairement à « When you're strange: A film about The Doors » qui relève davantage de l'auto-promo et d'une réplique au film d'Oliver Stone de 1991, quant à moi. Ce reportage objectif et fouillé retrace dans le temps et dans l'espace les témoignages des gens qui ont côtoyé Morrison et sa compagne Pamela Courson durant leur séjour fatidique à Paris.

L'équipe de France 2 recreuse les sillons des fans et des journalistes rock qui ont enquêté depuis son décès. La caméra nous amène dans des lieux où ils ont vécu, l'on repasse sur leurs itinéraires d'hôtel et de voyages, et on débarque au Rock 'n Roll Circus, club underground où Morrison aimait aller et où des rumeurs tenaces y ont trouvées naissance.

Dans le premier clip, on revient brièvement sur l'ascension du groupe et les événements qui mènent à sa relative déchéance. Relative, car tous les albums du groupe ont été certifiés disques d'or peu après leur sortie, quand même. Mais Morrison soulève la controverse à un point tel en 1969, que l'image des Doors, sans parler de la tournée américaine prévue alors, sont mises à mal. Pensons au
« Nipplegate » de Janet Jackson pour s'en faire une idée de retentissement médiatique plus récente.

Rectifions quelques dates avancées au départ dans le reportage:

« En 1968, Jim Morrison a écrit « This is the end... » La chanson est parue en janvier 1967 sur l'album éponyme « The Doors ». Dans les faits elle a été crée sur scène en 1966.

« Los Angeles, 1971, Jim Morrison voit le monde à ses pieds... » Bon, on voit l'idée, mais il est enfoncé dans l'alcool, son image souffre de burn-out médiatique et lui se voyait, bien plus qu'autre chose, les pieds devants, à la suite des Joplin, Hendrix et Jones...

« (…) le tournant? Novembre 1969 lors d'un concert à Miami... » L'on sait tous que le narrateur parle de l'incident de Miami du 1er mars 1969.

« Il annonce qu'il quitte les Doors en mars '71... »
Pas tout à fait. Classic Rock affirme qu'il annonce rapidement son départ pour Paris, mais pas du groupe. John Densmore maintient que c'est plus vers la fin de la production ou du mixe de L.A. Woman que Morrison l'annonce. Non pas qu'il quitte ou met fin au groupe. Mais il en a très marre de sa notoriété. Il souhaite perdre sa peau de Roi lézard et se muer en poète.

Bill Siddons, le manager du groupe à l'époque, affirme lui qu'il partait pour ne pas revenir. Au final, Morrison aura donc envoyé plusieurs signaux ambivalents à cet égard.


On verra apparaître au fil des clips les principaux acteurs ayant gravité de près ou de loin autour de M. Mojo risin, soit d'une part les proches américains: Densmore et Siddons pour les Doors ainsi que Frank Lisciandro, copain remontant à l'UCLA, cinéaste, photographe et auteur de « An hour for magic ».

La mère de Pamela Courson témoigne pour sa mémoire, ainsi que divers proches et témoins ayant eu connaissance de quoi que ce soit avant, pendant et après le drame. Curieux tout de même qu'on n'y trouve pas Ray Manzarek et Robby Krieger.

Une fois le récit bien amorcé à Paris, les dates sont fidèles aux faits et versions en circulation. De son arrivée 12 mars au soir du 2 juillet, son parcours a été amplement et précisément documenté, d'abord par Hervé Müller dans son bouquin « Jim Morrison au-delà des Doors » paru dès le milieu des années '70 et qui y est interviewé, ainsi que Gilles Yéprémian, celui qui a escorté Morrison loin du Rock 'n roll Circus et chez Müller un soir de beuverie de mai. Bref, à partir de là, c'est du solide pour les dates, et les interviewés font le reste.


L'idée pour Morrison, selon Lisciandro, est de renouer avec ses amis Agnès Varda et Jacques Demy afin de trouver du financement pour terminer HwY, qui est alors une des pressions financières qui s'exercent sur Jim (les autres étant celles des annulations des spectacles des Doors et des répercussions diverses sur le groupe).

Elisabeth Larivière, co-locataire de Pam et de Jim rue de Beautreillis, parle de la vie avec eux. Zouzou est une actrice française dont je me rappelle avoir vu le nom dans le livre de Müller (que je n'ai pas lu depuis longtemps). Elle revient sur les comportements de Pamela et sa fréquentation de Jean de Breteuil, personnage louche et qui mourra de surdose d'héroïne l'année suivante. Elle et Élisabeth illustrent bien le quotidien du couple, sa fréquentation et les habitudes de « shopping » de Pam.

Gilles Yéprémian, Hervé Müller et Yvonne Fuka font leur apparition dans le fil de l'histoire. Le clip se termine sur des clichés pris par Fuka et Müller lors du lunch avec Morrison, et qui ont parus d'abord dans le livre de Müller.


Retour avec images sur la pièce « Le regard du sourd » que Morrison a vu avec Müller et Alain Ronay le 11 juin. Ronay est d'origine française mais naturalisé américain, et est le dernier ami de Jim à l'avoir vu vivant. Il a décliné l'invitation pour ce reportage, et son témoignage, sur lequel l'émission se base, est disponible ici.

On a également droit à la déposition officielle de Pam aux autorités parisiennes suite au décès, et aux événements subséquents; le verdict médical des autorités, l'intervention d'Agnès Varda pour retarder la nouvelle, du départ de Bill Siddons pour Paris et de la cérémonie au Père-Lacjhaise où Pamela y récitera les derniers vers de « Celebration of the Lizard », « Palace Of Exil ».

Suivront les souvenirs de Cameron Watson, dj à la Bulle la nuit du 3 juillet qui annonce le premier la nouvelle à sa discothèque, et qui démarreront les rumeurs sur la « vraie » mort de Morrison.


Zouzou revient sur la nuit du 3 juillet; retour sur la réaction de Jean de Breteuil par le témoignage de Roger Steffens, confident de de Breteuil et de sa compagne d'alors, Marianne Faithfull. Faithfull refuse à ce jour de confirmer ou d'infirmer quoi que ce soit au sujet de cette histoire.

Le site Doors Quarterly on line propose une hypothèse qui se tient bien et qui exclut la thèse de l'héroïne, au profit d'un mélange de médicaments contre l'asthme lié à une prise d'alcool et à, pourquoi pas, une ligne d'héroïne de trop? Keith Moon est bien mort par suite d'un seul somnifère de trop, non?

Courson ne dit-elle pas dans la déposition que Morrison ne s'était pas soigné sérieusement suite à sa visite chez le médecin américain qu'il a vu? Et si la posologie était en français, peut-il ne pas l'avoir pris suffisamment au sérieux à cause de la barrière de la langue?

Comme Morrison a tâté de la cocaïne dans les mois précédents, ne peut-il pas avoir pris l'un pour l'autre, comme Pam gardait de l'héro avec elle? Ou, se serait-il décidé à en sniffer avec elle pour ne pas rester seul et pour lui tenir compagnie?

Pourtant, la rumeur du Circus est persistante, et demeure cohérente depuis toujours aussi (on m'en avait parlé, dans le même sens, plus ou moins vers 1980). Qu'y a-t-il d'inconcevable à imaginer un Morrison habitué de l'endroit, à réceptionner une quantité d'héro exceptionnellement pure pour Pam, ou qu'il se moque d'un avertissement d'y faire gaffe? Et d'y tester la marchandise par goût du trip et du défi, au péril même de sa propre vie?

Du moment ou Ronay quitte Morrison le soir du 2 juillet au lendemain 6:00 heures, restera à jamais de la spéculation. Mais le choix des pistes est assez bien circonscrit.

Morrison, tel un train fou lancé à toute allure dans la nuit pour se propulser vers l'ultime voyage, traversera de l'autre côté, l'ayant réclamé de toutes ses forces depuis le premier titre de l'album éponyme du groupe. Parti de façon nébuleuse et à jamais; l'avoir su, il aurait probablement été fier de son coup.

Sam Bernett est un personnage connu de l'univers télévisuel français, et a publié dernièrement un livre sur les dernières heures de Morrison (et que je n'ai pas lu). Il explique ici qu'il était le manager du bar à l'époque, et qu'il a eu connaissance des événements de cette nuit-là. L'on peut lire l'entrevue qu'il a accordé à Classic Rock ici.

Là ou le magazine pousse plus loin la contre-vérification de cette rumeur par contre, est par l'entrée en scène de Patrick Chauvel, photographe de guerre et ce soir-là barman au Circus. Il corrobore en quelque sorte la version de Bernett.

Le témoignage de Nicole Gosselin, bien que possible à mes yeux, n'est pas très pris au sérieux, sur ce site de fan.

C'est là que la rumeur atteint sa limite à mes yeux toutefois; s'il était impossible pour Gilles Yéprémian d'obtenir l'adresse de Jim le soir du 7 mai, qui sont alors ces personnes le sortant du club, et connaissant son adresse rue de Beautreillis, sinon des proches de Pam appelés à la rescousse? La version de Pam, elle, semble pourtant être resté constante par la suite... Quelle version croire? Bien malin celui qui verra clair dans ce mystère, appelé à perdurer...

À suivre: Épilogue

À propos du décès de Keith Moon

"Keith Moon est bien mort par suite d'un seul somnifère de trop, non?"

Après recherche, il semble que cette ligne ne soit pas tout à fait exacte. Voici ce qu'on peut lire sur Wikipedia (français): "La cause de sa mort est une surdose de médicaments utilisés pour traiter son alcoolisme (Heminevrin). La police retrouvera alors 32 pilules dans son organisme, dont certaines non dissoutes."

Et sur Wikipedia (anglais): "Moon then took 32 tablets of Clomethiazole (Heminevrin). The medication was a sedative he had been prescribed to alleviate his alcohol withdrawal symptoms as he tried to dry out on his own at home; (...) Dr. Geoffrey Dymond, who was unaware of Moon's recklessly impulsive nature and long history of prescription sedative abuse (...) had given Moon a full bottle of 100 pills, and instructed him to take one whenever he felt a craving for alcohol (but not more than 3 per day). The police determined there were 32 pills in his system, with the digestion of 6 being sufficient to cause his death, and the other 26 of which were still undissolved when he died."

http://en.wikipedia.org/wiki/Keith_Moon#Death

:Jolicoeur

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